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ΕTAT DE LA QUESTION

 

 

 

        Comme le souligne Mario Tomé (enseignant à l'université de León, en Espagne), "la place qu’occupe la didactique de la prononciation sur Internet est assez restreinte" (Mario Tomé, 2003). En effet, le nombre de sites consacrés à la phonétique du français est considérablement inférieur au nombre de sites consacrés à tous les autres aspects de la langue (vocabulaire, grammaire, culture/civilisation, compréhension orale, compréhension écrite, expression orale, expression écrite). Comment expliquer ce phénomène ?

 

   I Importance et statut de la phonétique dans l'enseignement depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours

 

        Tout d'abord, effectuons un petit retour en arrière... Comme l'indiquent Cécile Champagne-Muzar et Johanne S.Bourdages (Cécile Champagne-Muzar et Johanne S.Bourdages, 1993), si la phonétique a toujours existé dans l'enseignement des langues (et ce, depuis l'Antiquité, avec par exemple l'utilisation d'un dictionnaire comportant des idéogrammes accompagnés de notations phonétiques en langue sumérienne et akkadienne), l'importance et le statut qu'on lui a accordés ont sans cesse évolué. Ainsi, jusqu'à la fin du XIXème siècle, la phonétique est restée étroitement liée à l'écrit, en ce sens que la préoccupation première était la correspondance entre graphèmes et sons. Les méthodes directe, audio-orale et SGAV qui sont apparues par la suite, ont considéré la phonétique comme importante pour la maîtrise des compétences orales. Mais l'approche communicative (apparue dans les années 1970 en France) a ensuite totalement exclu la phonétique. Aujourd'hui, alors que nous assistons à un éclectisme dans la didactique du français langue étrangère, la phonétique reste marginale comparativement aux autres aspects langagiers. Pourquoi cela ? Cécile Champagne-Muzar et Johanne S.Bourdages (Cécile Champagne-Muzar et Johanne S.Bourdages, 1993) proposent quelques attitudes et croyances pour justifier cette mise à l'écart. Plusieurs chercheurs pensent qu'un apprenant peut développer des habiletés phonétiques en étant simplement exposé à la langue et qu'il n'est donc pas nécessaire de recourir à un travail systématique sur la phonétique. Une autre croyance est l'hypothèse de l'âge critique de Penfield (Penfield et Roberts, 1963), selon laquelle aucun apprenant ne peut, après la puberté, apprendre une langue étrangère sans avoir d'accent. L'apprentissage de la phonétique à un public adolescent ou adulte se révèle alors inutile pour certains. D'un autre côté, certains apprenants et enseignants pensent que la présence d'un accent étranger chez un locuteur n'entrave en rien la communication. N'oublions pas un aspect primordial : la formation des enseignants. Actuellement, peu de programmes d'enseignement/didactique du français (langue étrangère ou seconde) offre aux (futurs) enseignants des cours de phonétique et/ou de correction phonétique. En ce qui me concerne, j'ai commencé par suivre des cours de sciences du langage (avant mes cours de didactique), ce qui m'a permis d'avoir des connaissances de base en phonétique et phonologie. Puis j'ai eu la chance d'être inscrite à l'une des universités françaises qui proposent des cours de correction phonétique. En discutant avec certains professeurs de l'Université du Québec à Montréal, j'ai réalisé que ces cours de correction phonétique était aussi rares au Québec qu'en France. Dans ces conditions, comment un enseignant peut-il intégrer la phonétique à son enseignement du français ? Contrairement à tous les autres aspects de la langue, la phonétique exige des connaissances techniques particulières. Les quelques enseignants qui utilisent la phonétique dans leurs cours de langue, lorsqu'ils n'ont pas reçu de formation adéquate, se réfèrent alors aux ouvrages qui existent sur le marché. Mais ces derniers présentent encore des lacunes si l'on souhaite que la phonétique ne fasse pas l'objet d'un cours distinct mais soit au contraire intégrée au cours de langue (Aline Germain et Philippe Martin, 2000).

 

II Utilisation des nouvelles technologies pour l'enseignement de la phonétique

 

        Internet peut alors venir en aide à ces enseignants sans formation en phonétique. De plus en plus de sites proposent des cours de phonétique, phonologie, correction phonétique en ligne. Malheureusement, comme je l'ai dit plus haut, si on les compare aux sites consacrés aux autres aspects du français, ils sont encore trop peu nombreux, d'abord parce que la phonétique reste marginale et perçue comme une "matière ardue, rébarbative", qui "attire peu les étudiants et encore moins les professeurs de FLE qui ne voient dans son application, qu'un exercice obligé et obligatoire pour améliorer la compétence de communication de leurs étudiants" (Kaneman-Pougatch, 1989) . Ensuite, malgré des avancées importantes dans le domaine de la phonétique, peu d'applications en enseignement du français ont vu le jour, notamment en ce qui a trait à l'utilisation des nouvelles technologies. Si de nombreux logiciels et CD-ROM existent actuellement pour l'enseignement du français, peu de ces outils technologiques sont utilisés pour la phonétique. Selon Aline Germain et Philippe Martin (Aline Germain et Philippe Martin, 2000) , cela provient de lacunes à la fois technologiques (peu d'outils adaptables au contexte d'apprentissage formel en salle de classe : coût élevé, complexité, manque de convivialité, absence de rétroaction pour un apprentissage autonome et donc nécessité du recours à l'enseignant) et méthodologiques (les outils disponibles proposent des exercices d'imitation-répétition et privilégient la démarche analytique, c'est-à-dire l'étude des sons avant l'étude de la prosodie). Les sites Internet mis à disposition actuellement pour les enseignants et apprenants présentent, eux, l'avantage d'être gratuits. De plus, certains d'entre eux proposent des jeux phonétiques qui s'éloignent des simples exercices d'imitation-répétition et qui rendent la phonétique plus conviviale et attrayante. Beaucoup de ces sites offrent en outre à l'apprenant qui travaille de façon autonome une rétroaction immédiate (il s'agit cependant uniquement des exercices de discrimination auditive car pour obtenir une rétroaction en production orale, il est nécessaire de posséder un logiciel de reconnaissance de la voix). De plus, l'organisation des sites permet de choisir de travailler les éléments phonétiques segmentaux ou suprasegmentaux dans l'ordre souhaité (en adoptant une démarche analytique ou synthétique) et de ne pas travailler certains de ces éléments si l'on n'en ressent pas l'utilité ou la nécessité. Par rapport à tout autre type de nouvelle technologie, les sites Internet semblent alors très avantageux pour l'enseignement de la phonétique. Néanmoins, ils sont encore peu nombreux (pour les raisons évoquées plus haut) et leur utilisation peut sembler complexe pour les non-initiés : Mario Tomé souligne ainsi le caractère problématique de l'application des sites Internet en enseignement de la phonétique compte tenu de la confusion que ces sites présentent (Mario Tomé, 2003). En effet, certains sites sont uniquement théoriques, d'autres sont théoriques mais présentent des intérêts pédagogiques, d'autres encore sont uniquement pratiques... Il est facile pour un apprenant (ou un enseignant qui n'a pas de connaissance en phonétique) de s'y perdre. La communication de Mario Tomé présentée lors de la table ronde "Enseignement du FLE et nouvelles technologies" du VIe Congrès International de Linguistique Française se révèle alors très utile et intéressante (Mario Tomé, 2003) car elle présente une analyse des ressources les plus pertinentes pour l'enseignement de la phonétique du français, à partir d'un ensemble de critères définis. A ma connaissance, Mario Tomé est le seul à avoir effectué ce type de travail de classification et d'analyse.

 

        Si on la compare aux autres aspects de la langue, la phonétique du français reste encore trop marginale. De plus, les nouvelles technologies semblent encore difficiles à utiliser pour un enseignement formel de la phonétique. Malgré les avantages indéniables qu'ils présentent par rapport à tout autre type de nouvelle technologie, les sites Internet consacrés à la phonétique sont encore en nombre trop restreint (toujours en comparaison avec les autres aspects langagiers) et peuvent paraître confus pour les non-spécialistes. D'ici quelques années, espérons que cette situation va évoluer, que l'enseignement de la phonétique aura une place plus importante et que les nouvelles technologies seront davantage utilisées pour mettre en oeuvre cet enseignement.

Dernière mise à jour : le 9 avril 2006.